Enfants, COVID-19 et ACE2

Pourquoi les enfants sont-ils moins touchés par la COVID-19 que les adultes ?

Résumé tout public

On sait depuis le début de la pandémie de COVID-19 que les enfants sont moins fréquemment et moins gravement touchés que les adultes. Une équipe israélienne a tenté de comprendre les raisons de cette tendance. En menant une étude sur 73 patients issues de 20 familles différentes, les chercheurs ont analysé la prévalence des atteintes de l’odorat et du goût au cours de l’infection selon l’âge des patients. Le niveau de ces atteintes est nul chez les jeunes enfants et augmente progressivement avec l’âge chez les adolescents et encore chez les adultes. Fait intéressant, le niveau d’expression du gène ACE2 qui code pour la protéine ACE2 (qui joue le rôle de porte d’entrée du virus dans la muqueuse nasale) est lui aussi faible chez les jeunes enfants et augmente progressivement avec l’âge chez les adolescents et encore chez les adultes. Les chercheurs concluent que la muqueuse nasale de l’enfant serait moins réceptive au coronavirus SARS-CoV-2 que celle de l’adulte, d’où leur moindre susceptibilité à la COVID-19.




L’infection par le coronavirus SARS-CoV-2 responsable de la pandémie de COVID-19 atteint toutes les tranches d’âge mais de multiples observations ont montré que les enfants sont moins souvent touchés et, lorsqu’ils le sont, c’est avec une moindre gravité (Brodin, Acta Padiatrica 2020; Liu et al. New England Journal of Medicine 2020; Lu et al. New England Journal of Medicine 2020; Ludvigsson, Acta Paediatrica 2020; Hagmann, Travel Medicine and Infectious disease 2020).  

Parmi les signes les plus évidents de la maladie, fièvre, toux, vomissements, myalgies, il est apparu que la perte de l’odorat et du goût étaient des marqueurs évocateurs chez 50 à 70% des malades, traduisant notamment l’atteinte du système nerveux central par le virus (Fotuhi et al. Journal of Alzheimer Disease 2020; Yan et al., International Forum Allergy Rhinology. 2020; Aziz et al., Gastroenterology 2020; Meng et al., American Journal of Otolaryngology 2020; Vaira et al., Laryngoscope 2020).

Il est maintenant clairement établi que la sévérité de la maladie corrèle avec la charge virale (Liu Y et al., Lancet Infect Dis. 2020). Or, la charge virale dépend de la production du virus dans l’organisme et celle-ci est liée à sa capacité à entrer dans les cellules où il détourne la machinerie cellulaire à son profit pour se répliquer. Comme je l’ai déjà expliqué sur ce site (voir ICI), l’entrée du SARS-CoV-2 dans les cellules se fait après que sa protéine S (Spyke) de surface se soit liée sur la protéine ACE2 (angiotensine conversion enzyme 2) présente sur les membranes cellulaires et qui agit comme récepteur du virus (Hoffmann et al. Cell 2020 ; Xu et al., International Journal of Oral Science 2020).

L’expression du gène ACE2 sur la muqueuse nasale en fonction de l’âge pourrait-elle être une explication des différences de taux d’infection observé chez les malades, et en particulier chez les enfants ?

 

C’est l’hypothèse qu’un groupe de chercheurs israéliens à faite et vérifié dans un travail récent :

Somekh et al. Age-Dependent Sensory Impairment in Covid-19 Infection and its Correlation with ACE2 Expression. Pediatric Infectious Disease Journal 2020.

 

Résultats

Ces chercheurs ont analysé la prévalence de l’atteinte de l’odorat et du goût au cours de l’infection selon l’âge des patients, consultants de l’hôpital de Bnei Brak, Israel. Les patients dont l’infection avait été confirmée par PCR, ont été répartis en quatre groupes : enfants de 5 à 10 ans, enfants de 11 à 17 ans, adultes de 18 à 25 ans et adultes de plus de 26 ans. L’atteinte sensorielle a été évaluée par un questionnaire sur la présence ou l’absence de troubles olfactifs et gustatifs : 0 signifiait pas de trouble, 1 signifiait un trouble bénin, 2 signifiait une perte complète du sens olfactif ou du sens gustatif. Le score individuel total pouvait donc aller de 0 à 4. Ces scores d’atteinte sensorielle ont été comparés aux résultats publiés récemment et rapportant l’expression du gène ACE2 dans l’épithélium nasal en fonction de l’âge (Bunyavanich et al., Journal of the American Medical Association 2020).

Les membres de 20 familles, comprenant 73 personnes ont été évalués. Parmi ces personnes, 31 étaient âgées de 5 à 17 ans (42%) et 42 de 18 ans et plus. Au total, 37 personnes (soit 51%) ont déclaré avoir perçu une altération du goût et/ou de l'odorat. Cela incluait 25,8 % des enfants de 11 à 17 ans et 71,4 % des adultes (P = 0,00014 ; ratio de risque, 0,39, intervalle de confiance de 95%, 0,23-0,65). Le score moyen (±SD) pour le taux de réponse des enfants (5-17 ans) était de 0,55 ± 1,03 et celui des adultes était de 2.01 ± 1.66 (P < 0.0001). La stratification du groupe d'adultes par âge a montré un score moyen de 1,25 ± 1,54 pour les jeunes adultes (18-25 ans de) contre 2,43 ± 1,61 pour les personnes plus âgées (P = 0,038). La stratification du groupe pédiatrique a révélé un score nul sur le sens du goût et de l'odorat chez les enfants de 5 à 10 ans, et un score moyen de 0,85 ± 1,18 chez les enfants âgés de 11 à 17 ans (P = 0.005).

Lorsque ces résultats ont été comparés à ceux concernant l’expression du gène ACE2 (en fait le niveau de l’ARN messager codant pour la protéine ACE2) dans l’épithélium nasal, il est apparu que les scores moyens de déficience sensorielle pour les 4 groupes d'âge étaient corrélés à l'expression de l’ARN ACE2 dans les groupes d'âge correspondants (facteur de corrélation de 0,95 avec une valeur de P = 0,05) comme le montre la figure ci-dessous.

Score sensoriel versus ace2 en fonction de l age somekh 2020

Corrélation entre le score clinique des atteintes sensorielles et l'expression de l’ARN messager ACE2 dans l’épithélium nasal sur un groupe de personnes d’âge différent.

A : Scores moyens de déficience du goût et de l'odorat selon l'âge : 5-10 ans, 0 ; 11-17 ans : 0.85 ± 1.18 ; 18-25 ans : 1.25 ± 1.54 ; 26 ans et plus :  2.43 ± 1.61.

B : Expression relative de l'ARN de ACE2 dans l'épithélium nasal parmi les différentes tranches d'âge (basée sur, et déduite des données rapportées par Bunyavanich et al). Pour le calcul d'expression relative, les valeurs logarithmiques ont été converties en chiffres réels (selon Somekh et al.).

 

Conclusion

Les auteurs concluent que la faible fréquence des formes sévères de COVID-19 chez les enfants pourrait résulter de la faible expression de la protéine ACE2 (le récepteurs du SARS-CoV-2) au niveau de la muqueuse nasale. Cette hypothèse avait déjà été proposée par Bunyavanich et al. (Journal of the American Medical Association 2020).

Au final, j’attire l’attention sur le fait que Somekh et al. ont supposé que le niveau relatif de l’ARN de ACE2 (issu de l’article de Bunyavanich et al.) reflète le niveau relatif de la protéine ACE2 (qui n’a pas été mesuré) dans la muqueuse nasale. Cette supposition est raisonnable, mais il aurait été plus sûr de mesurer directement le niveau de la protéine ACE2 dans les prélèvements. Au final, ces résultats demandent donc à être confirmés.

 

A suivre ...

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Commentaires (1)

HM
  • 1. HM | 24/09/2020
Excellent... comme d'habitude.

HM

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Date de dernière mise à jour : 23/09/2020