News sur les vaccins

Les études publiées sur les derniers résultats sont rapportées ici par ordre chronologique.

 

Vaccin Janssen et Johnson & Johnson (13 Janvier 2021)

Sadoff et al. Interim Results of a Phase 1–2a Trial of Ad26.COV2.S Covid-19 Vaccine. New England Journal of Medicine 2021

La compagnie pharmacetique Janssen (Johnson & Johnson) a développé un candidat vaccin appelé Ad26.COV2.S. Il s'agit d'un vaccin à vecteur adénoviral de sérotype 26 (Ad26), incapable de se répliquer et recombinant pour un ADN codant pour la protéine S (Spike) pleine longueur et stabilisée du SARS-CoV-2.

 

Méthode

Dans cet essai multicentrique (Belgique et Etats-Unis) de phase 1-2a, contrôlé par placebo, des adultes en bonne santé âgés de 18 à 55 ans (cohorte 1) et de 65 ans ou plus (cohorte 3) ont reçu le vaccin Ad26.COV2.S à une dose de 5×1010 particules virales (faible dose) ou de 1×1011 particules virales (forte dose) par millilitre ou ont reçu un placebo dans un schéma à une ou deux doses. Les principaux critères d'évaluation étaient la sécurité et la réactogénicité de chaque schéma posologique.

Résultats

Après l'administration de la première dose de vaccin à 805 participants des cohortes 1 et 3 et après la deuxième dose de la cohorte 1, les effets indésirables les plus fréquemment observés étaient la fatigue, les maux de tête, la myalgie et la douleur au point d'injection. L'événement indésirable systémique le plus fréquent était la fièvre. Les événements indésirables systémiques étaient moins fréquents dans la cohorte 3 que dans la cohorte 1 et chez les personnes ayant reçu la faible dose de vaccin que chez celles ayant reçu la forte dose. La réactogénicité était plus faible après la deuxième dose. Des anticorps neutralisants contre le virus de type sauvage ont été détectés chez 90 % ou plus de tous les participants au 29e jour après la première dose de vaccin (titre moyen géométrique 224 à 354) et chez 100 % des participants au 57e jour avec une nouvelle augmentation des titres (288 à 488), indépendamment de la dose de vaccin ou du groupe d'âge. Les titres des anticorps neutralisants sont restés stables au moins jusqu'au jour 71. Une deuxième dose a permis d'augmenter le titre d'un facteur de 2,6 à 2,9 (827 à 1266). La réponse des anticorps se liant à la protéine S était similaire à celle des anticorps neutralisants. Le 14e jour, des réponses des cellules T CD4+ ont été détectées dans 76 à 83 % des participants de la cohorte 1 et de 60 à 67 % de ceux de la cohorte 3, avec une nette asymétrie vers les cellules T auxiliaires de type 1. Les réponses des cellules T CD8+ ont été globalement robustes mais plus faibles dans la cohorte 3.

Conclusions

Les profils de sécurité et d'immunogénicité de l'Ad26.COV2.S soutiennent la poursuite du développement de ce candidat vaccin. (Financé par Johnson & Johnson et le Biomedical Advanced Research and Development Authority of the Department of Health and Services à la personne; COV1001 numéro ClinicalTrials.gov, NCT04436276). Les études de phase 3 sont en cours.




Vaccin Pfizer-BioNTech: des cas (très rares) d'anaphylaxie signalés (fin décembre 2020)

Selon le CDC (Centre for Disease Control), entre le 11 Décembre 2020, date à laquelle le premier vaccin anti-COVID a été autorisé aux Etats-Unis, et le 23 Décembre 2020, 1 893 860 personnes ont été vaccinées. Vingt et un cas d'anaphylaxie ont été signalés (un taux de 11,1 par million de doses administrées, ou 1 cas pour 100 000), dont 17 chez des personnes ayant présenté des antécédents documentés d'allergies ou de réactions allergiques, dont sept avaient des antécédents d'anaphylaxie. Aucun cas mortel n'a été observé. L'intervalle médian entre la réception du vaccin et l'apparition des symptômes était de 13 minutes (intervalle = 2-150 minutes). Parmi les 20 personnes pour lesquelles des informations de suivi étaient disponibles, toutes s'étaient rétablies ou avaient été renvoyées chez elles. Toute réaction suspecte d'anaphylaxie doit être traitée immédiatement par une injection intramusculaire d'épinéphrine (adrénaline).

Ces réactions anaphylactiques pourraient être dues au polyéthylène glycol (PEG) utilisé pour stabiliser les nanoparticules lipidiques qui protègent l'ARNm des vaccins Pfizer et Moderna (de Vrieze. Pfizer’s vaccine raises allergy concerns. Polymer in mRNA’s “packaging” may cause rare anaphylactic reactions. Science 2021; Castells et al. Maintaining Safety with SARS-CoV-2 Vaccines. New England Journal of Medicine 2021). Les PEG sont utilisés depuis des décennies comme épaississants dans les produits courants comme le dentifrice, le shampoing, certains solvants et les laxatifs. Un nombre croissant de produits biopharmaceutiques en contiennent également. On a longtemps pensé que ces composés étaient biologiquement inerte, mais les preuves s'accumulent qu'ils ne le sont pas. Cependant, la quantité de PEG présente dans le vaccin est beaucoup plus faible que celle relative aux produits cosmétiques ou pharmaceutiques. Quoiqu'il en soit, le CDC et la FDA vont renforcer leur surveillance sur les cas possibles d'anaphylaxie chez les personnes ayant reçu le vaccin COVID-19.

Le document du CDC du 6 Janvier 2021 est téléchargeable ici: Cdc anaphylacsis after pfizer vaccine in usa january 6 2021 copieCdc anaphylacsis after pfizer vaccine in usa january 6 2021 copie (240.74 Ko).  

A suivre...

 




Vaccin Pfeizer-BioNTech. Publication dans le New England Journal of Medicine 2021 (31 Décembre 2020)

Polack et al. Safety and Efficacy of the BNT162b2 mRNA Covid-19 Vaccine. NEW England Journal of Medicine 2020.

Le vaccin à ARNm (BNT162b2) codant pour la protéine S pleine-longueur du SARS-CoV-2 a déjà été présenté sur ce site, voir page "La course aux vaccins-Vaccins à ARN).

Méthodes

Dans cet essai d'efficacité multinational contrôlé par placebo et en aveugle, des personnes âgées de 16 ans ou plus ont été réparties dans un rapport de 1:1 pour recevoir deux doses, à 21 jours d'intervalle, soit de placebo, soit du candidat vaccin BNT162b2 (30 μg par dose). Les principaux critères d'évaluation étaient l'efficacité du vaccin contre la Covid-19 confirmé en laboratoire (RT-PCR) et la sécurité. Les participants potentiels ayant eu des antécédents de réaction allergique à l'un des composants du vaccin ont été exclus.

Résultats

Un total de 43 548 participants ont été randomisés, dont 43 448 ont reçu des injections : 21 720 avec le BNT162b2 et 21 728 avec le placebo. Il y a eu 8 cas de Covid-19 avec apparition au moins 7 jours après la deuxième dose parmi les participants assignés à recevoir le BNT162b2 et 162 cas parmi ceux assignés au placebo ; le BNT162b2 était efficace à 95% pour prévenir la Covid-19. Une efficacité similaire du vaccin (généralement de 90 à 100 %) a été observée dans les sous-groupes définis par l'âge, le sexe, la race, l'origine ethnique, l'indice de masse corporelle de base et la présence d'affections coexistantes. Parmi les 10 cas de Covid-19 grave apparus après la première dose, 9 sont survenus chez des receveurs de placebo et 1 chez un receveur de BNT162b2. Le profil de sécurité du BNT162b2 était caractérisé par une douleur de courte durée, légère à modérée, au point d'injection, de la fatigue et des maux de tête. L'incidence des effets indésirables graves était faible et similaire dans les groupes vaccin et placebo.

Conclusion

Un schéma de deux doses de BNT162b2 a conféré une protection de 95 % contre Covid-19 chez les personnes âgées de 16 ans ou plus. La sécurité sur une période médiane de 2 mois était similaire à celle des autres vaccins viraux. (Financé par BioNTech et Pfizer ; numéro de ClinicalTrials.gov, NCT04368728).

 




Vaccin Moderna. Publication dans le New England Journal of Medicine 2021 (30 Décembre 2020)

Baden et al. Efficacy and Safety of the mRNA-1273 SARS-CoV-2 Vaccine. New England Journal of Medicine 2021.

Le vaccin à ARNm (mARN-1273, développé par Moderna) a déjà été présenté sur ce site, voir page "La course aux vaccins-Vaccins à ARN).

Cet article présente les résultats de l'essai randomisé de phase 3, en aveugle et contrôlé par placebo, mené dans 99 centres à travers les États-Unis. Les personnes présentant un risque élevé d'infection par le SARS-CoV-2 ou de ses complications. Le principal critère d'évaluation était la prévention de la Covid-19, avec une apparition au moins 14 jours après la deuxième injection chez les participants qui n'avaient pas été infectés auparavant par le SARS-CoV-2. Les participants potentiels ayant eu des antécédents de réaction allergique à l'un des composants du vaccin ont été exclus.

Résultats

L'essai a recruté 30 420 volontaires répartis au hasard dans un rapport de 1:1 pour recevoir soit le vaccin, deux injections intramusculaires d'ARNm-1273 (100 μg), soit le placebo (15 210 participants dans chaque groupe). Plus de 96 % des participants ont reçu les deux injections, et 2,2 % présentaient des signes (sérologiques, virologiques ou les deux) d'infection par le SARS-CoV-2 au départ de l'essai. La maladie Covid-19 symptomatique a été confirmée chez 185 participants du groupe placebo et chez 11 participants du groupe vaccin ARNm-1273; l'efficacité du vaccin était de 94,1% (P<0,001). L'efficacité était similaire dans les principales analyses secondaires, y compris l'évaluation 14 jours après la première dose, les analyses incluant les participants qui avaient des preuves d'une infection par le SARS-CoV-2 au départ, et les analyses chez les participants âgés de 65 ans ou plus. Des cas graves de Covid-19 sont survenus chez 30 participants, avec un décès ; les 30 participants faisaient tous partie du groupe placebo. Une réaction modérée et transitoire après la vaccination s'est produite plus fréquemment dans le groupe vaccin. Les effets indésirables graves étaient rares, et l'incidence était similaire dans les deux groupes.

Conclusions

Le vaccin ARNm-1273 a montré une efficacité de 94,1 % dans la prévention de la Covid-19, y compris des graves graves. Hormis les réactions locales et systémiques transitoires, aucun problème de sécurité n'a été identifié. (Cette étude a été financé par la Biomedical Advanced Research and Development Authority et le National Institute of Allergy and Infectious Diseases ; COVE ClinicalTrials.gov, NCT04470427).

 




Vaccin Pfeizer-BioNTech: document fourni à la FDA (10 décembre 2020)

Ce document (en Anglais, 92 pages) fourni par le groupe Pfeizer à la FDA le 30 Novembre 2020 est téléchargeable ici : Vaccin pfeizer fda vrbpac 12 10 20 meeting briefing document sponsorVaccin pfeizer fda vrbpac 12 10 20 meeting briefing document sponsor (1.65 Mo).

Ci-dessous la figure 13 du document (page 58).

 

Figure 13 document pfeizer fda 1

Courbes d'incidence de la COVID-19 après la première dose du vaccin dans les groupes placebo et vaccin.

La vaccination a eu lieu au jour 0 et les cas d'apparition de la COVID-19 (test RT-PCR positif) ont été enregistrés en fonction du temps dans les deux groupes de volontaires: environ 22000 dans chaque groupe. On voit que jusqu'au jour 14 environ les deux courbes sont parallèles. A partir du jour 14, elles se séparent nettement. L'efficacité du vaccin se manifeste 14 jours après la vaccination. Au total 10 cas de COVID-19 graves (ayant nécessité une hospitalisation) sont apparu après le jour 0, soient 9 dans le groupe placebo (carrés rouges) et un dans le groupe vaccin (carré bleu foncé). Parmi tous les volontaires, 50 cas de COVID-19 sont apparus dans le groupe vaccin et 275 dans le groupe placebo. La protection apportée par le vaccin semble donc efficace dans les atteintes graves et non graves.




Que s'est-il passé avec le vaccin Australien ? (11 Décembre 2020)

Vendredi 11 Décembre dernier, le premier ministre Australien Scott Morrison et son ministre de la santé Greg Hunt annonçaient que les essais cliniques de phase trois du vaccin anti-COVID-19 développé par l'Université du Queensland à Brisbane étaient définitivement stoppés. De fait, la décision du gouvernement fédéral Australien d'acheter plus de 50 millions de doses du vaccin potentiel contre le SARS-CoV-2 a été brutalement annulée. Le motif officiellement invoqué était que des résultats faussement positifs à certains tests de dépistage du VIH (virus du SIDA) avaient été enregistrés chez les participants de l'essai de phase 2 en cours.

Explications

Ce vaccin a été développé par l'équipe de Paul Young (Université du Queensland, Brisbane), co-directeur du projet de vaccin, sur la base d'une nouvelle technologie mise au point dans son laboratoire : "la pince moléculaire" ("molecular clamp", en Anglais).

A l'inverse des vaccins traditionnels à base de virus inactivé ou rendu inoffensif par diverses manipulations, il s'agit d'un vaccin sous-unitaire, c'est à dire ne contenant qu'un petit fragment du virus SARS-CoV-2, en l'occurrence la protéine de pointe (Spike), appelée aussi protéine S. Bien évidemment, il est totalement impossible que l'injection de cette protéine virale à un humain puisse provoquer la maladie.

Dans le SARS-CoV-2, les protéines S, également appelées protéines de fusion, se trouvent régulièrement réparties à la surface de la membrane du virus et c'est par elles que s'établit d'une part le contact avec les cellules humaines (ou animales) dans lesquelles le virus va pénétrer, et d'autre part le processus de fusion entre la membrane virale et la membrane de la cellule hôte afin que le génome viral puisse être injecté dans la cellule.

 

Proteine s

Schéma d'un trimère de la protéine S du SARS-CoV-2

Dans la membrane du virus les protéines S s'assemblent en trimères (trois protéines "collées" par des interactions non covalentes). Ce sont ces trimères qui assurent l'interaction entre la membrane virale (à gauche), assurée par la partie S2 et la membrane cellulaire assurée par la liaison de la partie S1 avec le récepteur ACE2 lui-même ancré dans la membrane cellulaire (à droite non figurée). (Schéma selon SinoBiological).

 

Si le système immunitaire reconnaît cette protéine S, il va produire des anticorps neutralisants qui vont bloquer le virus et le détruire. C'est évidemment le but d'un vaccin.

Ce type de vaccin est cependant confronté à un défi majeur : les protéines de fusion telles que la protéine S du SARS-CoV-2 changent de forme lorsqu'elles se lient aux cellules humaines et fusionnent avec la paroi cellulaire. Il est important de comprendre qu'à la surface du virus toutes ces protéines de fusion se trouvent sous une forme métastable dite de "pré-fusion". Au moment où s'établit le contact entre le virus et son récepteur sur la membrane cellulaire, les protéines de fusion subissent un changement conformationnel majeur vers une forme dite de "post-fusion". Le repliement dans cette forme "post-fusion" très stable déclenche le processus de fusion entre la membrane du virus et la membrane de la cellule hôte. Le changement conformationnel impliqué dans cette transition modifie de façon spectaculaire la topographie de surface de la protéine S et donc ses épitopes antigéniques, c'est à dire les motifs moléculaires qu'elle présente aux cellules du système immunitaire. Autrement dit, les épitopes antigéniques de la protéine S dans sa conformation "pré-fusion" sont différents des épitopes antigéniques présentés dans sa conformation "post-fusion". Par exemple, la configuration "pré-fusion" expose des parties de la protéine S cachées dans sa forme "post-fusion" et peut générer une réponse anticorps plus robuste.

 

Proteine s en pre et post fusion fan et al

Protéine S en pré- et post-fusion

Images obtenues en cryo-microscopie électronique. A gauche la partie de la protéine S du SARS-CoV-2 qui participe au processus de fusion (en couleur) entre les deux membranes virale et cellulaire dans sa conformation "pré-fusion". A droite la même protéine dans sa conformation "post-fusion" (Selon Fan et al. Nature Comm 2020).

 

Or, pour provoquer une réponse immunitaire forte qui peut empêcher l'infection, les anticorps induits doivent reconnaître les protéines virales dans leur conformation active, "pré-fusion", celle qu'elles présentent naturellement à la surface du virion. De fait toutes les études montrent que les anticorps neutralisants générés par le système immunitaire contre les virus tels que le SARS-CoV-2 sont naturellement dirigés contre les protéines S dans leur forme naturelle, c'est à dire la conformation "pré-fusion".

Si on veut produire un vaccin efficace contre le virus il faut donc être capable de deux choses:

  • produire la protéine S de fusion pour l'injecter aux personnes à vacciner
  • faire en sorte que cette protéine de fusion se trouve dans la configuration "pré-fusion", sa configuration naturelle.

Le problème est que dans leur forme purifiée ou isolée (c'est à dire hors du virus) les protéines de fusion sont naturellement instables et adoptent la conformation de "post-fusion", thermodynamiquement plus stable. Et c'est là qu'entre en jeu le concept de "pince moléculaire" mis au point par l'équipe de Paul Young (Wijesundara et al., Frontiers in Immunology 2020).

La pince moléculaire (molecular clamp en Anglais)

Produire la protéine S est facile à partir du moment où on connait la séquence du génome viral. En revanche, ce qui est plus compliqué est de la produire dans la configuration "pré-fusion". La pince moléculaire a été conçue pour résoudre ce problème. Elle utilise des peptides (petits fragments de protéine) fixés sur la base (partie S2) de la protéine S pour la maintenir dans sa forme "pré-fusion". La présence de tels peptides dans la séquence de la protéine S permettrait alors au système immunitaire de générer une réponse antivirale potentiellement plus forte.

C'est la pari qu'a fait l'équipe de Paul Young.

Après une longue recherche au cours de laquelle plusieurs peptides différents ont été testés, les meilleurs étaient ceux présents dans la protéine GP41 du virus du SIDA, le VIH. La protéine GP41 permet la fusion entre la membrane du VIH et la membrane de sa cellule hôte.

Les chercheurs ont donc construit une protéine S recombinante (SARS-CoV-2-S-Clamp), c'est à dire produite par génie génétique (à partir de la séquence de son ARN), dans laquelle les peptides de fusion de la protéine GP41 ont été introduits comme indiqué dans le schéma ci-dessous.

 

Schema pince moleculaire young et al

Schéma de la protéine SARS-CoV-2-SClamp

 A gauche, schéma d'un trimère de la protéine S isolée purifiée produite par génie génétique. Elle se trouve dans une conformation "post-fusion". A droite, le trimère de la même protéine hybride, couplée à deux peptides HR1 et HR2 de fusion de la protéine du VIH GP41. Ces deux peptides confèrent à la protéine SClamp une conformation pré-fusion plus immunogène (selon Wijesundara et al., Frontiers in Immunol 2020).

Le vaccin Australien

Cette protéine S-Clamp a été utilisée pour produire le vaccin Australien. Testé sur divers modèles animaux (souris, hamster et rat) ce vaccin a donné d'excellents résultats en termes de sécurité, de production d'anticorps neutralisants et de réponse des lymphocytes cytotoxiques CD4+ and CD8+.

Concevoir un vaccin qui contenait un fragment du VIH sans déclencher la production d'anticorps anti-VIH allait s'avérer difficile. Pour ce faire, l'équipe Australienne a soigneusement supprimé les sites (épitopes) connus de la protéine GP41 du VIH auxquels les anticorps se lient. L'espoir était que cela suffirait pour que le vaccin ne génère pas d'anticorps anti-VIH, mais uniquement des anticorps anti-protéine S du SARS-CoV-2.  

Lors des premiers tests sur les modèles animaux, tout semblait fonctionner. Mais le problème allait apparaître chez les humains. En effet, les tests standards de détection du VIH ne fonctionnent pas sur les animaux, ce qui signifie que les chercheurs ne pouvaient pas vérifier si leur vaccin produisait des anticorps anti-VIH avant le début des essais cliniques chez l'homme.

Lorsque les 216 participants à l'essai de phase 1 se sont inscrits pour participer à l'étude, ils ont été informés par les chercheurs que des faux positifs pour le VIH pouvaient apparaître et des examens sanguins ont été programmés pour détecter et surveiller l'apparition éventuelle de ces anticorps anti-VIH. Chaque participant qui avait reçu le vaccin a été testé faiblement positif sur certains tests VIH standards conçus pour rechercher spécifiquement des anticorps dirigés contre la protéine d'enveloppe du VIH, la glycoprotéine GP41.

On ne sait pas encore exactement pourquoi ces anticorps sont apparus, étant donné que l'équipe avait soigneusement retiré les sites de liaison d'anticorps probables de la protéine du VIH.

  • L'apparition de ces anticorps n'est en aucun cas un risque pour la santé des participants.
  • Ils n'ont pas contracté le VIH.
  • Stimulé par le vaccin, leur système immunitaire a généré des anticorps contre le VIH.

Il est tout simplement regrettable que ces anticorps soient exactement ceux que recherchent les tests courants de détection du VIH.

L'équipe espérait que les niveaux de ces anticorps chuteraient rapidement, mais cela n'a pas été le cas. Ils ont exploré d'autres options avec des spécialistes du VIH mais sans succès. Et en fin de compte, il a été décidé d'arrêter le développement de ce vaccin parce qu'il allait interférer de façon inacceptable avec le test de dépistage du VIH pour la population Australienne.

Mis à part la réponse immunitaire problématique sur la protéine GP41 du VIH, le vaccin administré aux 216 participants en juillet 2020, avait montré une réponse robuste contre le SARS-CoV-2 et un profil d'innocuité solide. L'essai d'innocuité de phase I se poursuivra, pour voir combien de temps les anticorps dirigés contre la protéine GP41 du VIH persistent, même si les indications sont que les niveaux diminuent déjà. L'université prévoit de soumettre les données complètes pour publication à comité de lecture.

A l'issu de la découverte des résultats et de l'annonce du gouvernement de suspendre définitivement sa commande de 50 millions de doses du vaccin, Paul Young déclarait:  « Je pense qu'il y a un seul mot qui résume tout : dévasté! Les dernières 24 heures ont été particulièrement difficiles pour l'équipe. C'est une période difficile, mais c'est de la science. Cela ne fonctionne pas toujours ».

Mon analyse de ces résultats

  • Ce vaccin était constitué par la protéine S du SARS-CoV-2 modifiée par la présence de deux peptides dérivés de la protéine GP41 de fusion du VIH afin de lui conférer une conformation proche (sinon identique) de celle de la pré-fusion, théoriquement plus immunogène. Cette stratégie laissait présager que des anticorps anti-GP41 seraient exprimés chez les personnes vaccinées. Les chercheurs avaient anticipé cette éventualité en essayant de supprimer certains épitopes sur ces deux peptides issus de la protéine GP41 du VIH. Ils n'ont manifestement pas réussi.
  • Les personnes vaccinées n'ont pas contracté le SIDA. Simplement, elles ont été immunisées contre le VIH de façon "accidentelle" en plus de leur immunisation contre le SARS-CoV-2.
  • Il est regrettable que la détection de ces anticorps anti-GP41 fassent partie de l'arsenal des tests standards de détection du VIH.  
  • Dans les autres stratégies vaccinales en particulier celles de Pfizer-BioNtech et Moderna, c'est la protéine S du SARS-CoV-2 "naturelle" (non modifiée) qui est utilisée pour activer le système immunitaire. La différence est qu'avec ces deux vaccins la protéine est produite directement dans les cellules via son ARN messager. Quelle conformation adopte-t-elle dans ces conditions: pré-fusion ou post-fusion ? Théoriquement, étant produite seule, en absence d'enveloppe virale, elle devrait adopter la conformation "post-fusion" (thermodynamiquement la plus stable). Le fait que ces vaccins s'avèrent efficaces à plus de 90% suggère soit que la conformation de cette protéine n'a pas un effet important sur la réponse immunitaire quelle induit chez l'homme, soit que les vaccins à ARN produisent une protéine S dans sa conformation pré-fusion dans les cellules humaines.
  • Il est à noter que le vaccin développé par Sanofi et GSK est également basé sur la protéine S du SARS-CoV-2 recombinante, complétée avec un adjuvant dont je ne connais pas la nature. On sait que les premiers résultats de phase 1-2 obtenus avec ce vaccin sont en deçà de ce qui était attendu. Serait-ce la conséquence du fait que cette protéine adopte une configuration "post-fusion" dans le vaccin Sanofi-GSK ?

A suivre…

 




Vaccin AstraZeneca, AZD1222. Nouvelle publication dans le Lancet du 8 Décembre 2020

Voysey et al. Safety and efficacy of the ChAdOx1 nCoV-19 vaccine (AZD1222) against SARS-CoV-2: an interim analysis of four randomised controlled trials in Brazil, South Africa, and the UK. Lancet 8 Décembre 2020

La sécurité et l'efficacité du vaccin ChAdOx1 nCoV-19 ont été évaluées dans une analyse intermédiaire commune de quatre essais.

Méthodes

Cette analyse comprend des données provenant de quatre essais contrôlés, randomisés et en aveugle en cours au Royaume-Uni, au Brésil et en Afrique du Sud. Les participants âgés de 18 ans et plus ont été assignés de manière aléatoire (1:1) au vaccin ChAdOx1 nCoV-19 ou au contrôle (vaccin antiméningococcique conjugué des groupes A, C, W et Y ou solution saline). Les participants du groupe ChAdOx1nCoV-19 ont reçu deux doses contenant 5 × 10¹⁰ particules virales (dose standard ; cohorte SD/SD) ; un sous-ensemble dans l'essai britannique a reçu une demi-dose comme première dose (faible dose) et une dose standard comme deuxième dose (cohorte LD/SD).  L'analyse primaire de l'efficacité a inclus la COVID-19 symptomatique chez des participants séronégatifs avec un frottis positif au test RT-PCR plus de 14 jours après une deuxième dose de vaccin. Les participants ont été analysés en fonction du traitement reçu, avec une date limite de collecte des données fixée au 4 novembre 2020. L'efficacité du vaccin a été calculée selon un modèle de régression de Poisson robuste ajusté en fonction de l'âge. Les études sont enregistrées sur ISRCTN89951424 et ClinicalTrials.gov, NCT04324606, NCT04400838, et NCT04444674.

Résultats

Entre le 23 avril et le 4 novembre 2020, 23 848 participants ont été inscrits et 11 636 participants (7548 au Royaume-Uni, 4088 au Brésil) ont été inclus dans l'analyse primaire d'efficacité intermédiaire. Chez les participants ayant reçu deux doses standard, l'efficacité du vaccin était de 62,1% et chez les participants ayant reçu une faible dose suivie d'une dose standard, l'efficacité était de 90,0%. L'efficacité globale du vaccin dans les deux groupes était de 70,4%. À partir de 21 jours après la première dose, 10 cas ont été hospitalisés pour COVID-19, tous dans le groupe témoin ; deux ont été classés comme COVID-19 grave, dont un décès. En termes de sécurité, 175 événements indésirables graves sont survenus chez 168 participants, 84 dans le groupe ChAdOx1 nCoV-19 et 91 dans le groupe témoin. Trois événements ont été classés comme pouvant être liés à un vaccin : un dans le groupe ChAdOx1 nCoV-19, un dans le groupe de contrôle et un chez un participant qui reste masqué à l'attribution du groupe.

Interprétation

Le ChAdOx1 nCoV-19 a un profil de sécurité acceptable et s'est révélé efficace contre symptomatique COVID-19 dans cette analyse intermédiaire des essais cliniques en cours.

 




Vaccin AstraZeneca, AZD1222. Communiqué de presse du 19 Oct 2020 (AstraZeneca)

J’ai déjà parlé de ce vaccin développé dans le cadre d’une collaboration entre l’Université d’Oxford (Royaume Unis) et AstraZeneca (Cambridge, Royaume Unis). Voir plus bas : ChAdOx1 nCoV-19 ou AZD1222. 20 Juillet 2020.

Il s’agit d’un vaccin à base de vecteur viral dans lequel un adénovirus recombinant de Chimpanzé exprime la protéine S du SARS-CoV-2.

 

Pourquoi un adénovirus de Chimpanzé ?

Parce que nous sommes tous susceptibles d’avoir été infectés par divers types d’adénovirus humains et que nous pourrions donc posséder des anticorps contre ces adénovirus. Ces anticorps pourraient interférer avec le vaccin et inhiber son action. Par contre, nous ne possédons pas d’anticorps dirigés contre des adénovirus d’autres espèces animales.  

Le vaccin ChAdOx1 est un vecteur de vaccin adénoviral de Chimpanzé. Il s'agit d'un adénovirus inoffensif et affaibli qui provoque généralement le rhume chez le Chimpanzé. Le ChAdOx1 a été choisi comme la technologie la plus appropriée pour un vaccin contre le SARS-CoV-2, car il a été démontré qu'il génère une forte réponse immunitaire. Il a été génétiquement modifié de sorte qu'il est impossible qu'il se développe chez l'homme. Il est donc plus sûr de le donner aux enfants, aux personnes âgées et à toute personne souffrant d'une maladie préexistante comme le diabète. Les vecteurs adénoviraux du chimpanzé sont un type de vaccin très bien étudié, ayant été utilisé en toute sécurité chez des milliers de sujets contre un certain nombre d'agents pathogènes, dont la grippe, le Zika et le syndrome respiratoire du Moyen-Orient (MERS) (Folegati et al. Lancet 2020 ; Tapia et al. Lancet Infect Dis 2020; Coughlan et al. EBioMedicine 2018; Wilkie et al. Vaccine, 2020).

 




Les résultats provisoires de l'essai de phase II/III COV002 en cours sur l'AZD1222 au Royaume-Uni, viennent d’être publiés dans le Lancet du 19 Novembre 2020.

Ramasamy et al. Safety and immunogenicity of ChAdOx1 nCoV-19 vaccine administered in a prime-boost regimen in young and old adults (COV002): a single-blind, randomised, controlled, phase 2/3 trial. Lancet 2020.

COV002 est un essai de phase II/III contrôlé, randomisé, multicentrique et en aveugle qui évalue la sécurité, l'efficacité et l'immunogénicité de l'AZD1222 par rapport à un placebo pour la prévention de la COVID-19, chez 12 390 participants au Royaume-Uni. Les participants à l'essai à ce jour sont âgés de 18 ans ou plus, sont en bonne santé ou ont des maladies chroniques médicalement stables et sont susceptibles d'être exposés au virus du SARS-CoV-2. Ils sont répartis aléatoirement pour recevoir une ou deux doses intramusculaires du vaccin de comparaison AZD1222 ou MenACWY (vaccin contre un méningocoque). La randomisation est stratifiée par âge, ≥18 à 55 ans, 56-69 ans et ≥70 ans, dans un rapport de 1:1, 3:1 ou 5:1, respectivement. Dans l'essai de phase II, les participants ont reçu soit une ou deux administrations d’une dose standard (3,5-6,55 x1010 particules virales), soit une dose faible (2,2 x1010 particules virales).

Les résultats montrent que les réactions locales et systémiques sont moins importantes chez les adultes âgés (≥56-69 ans et ≥70 ans) que chez les adultes plus jeunes (≥18-55 ans) et génèrent des réponses immunitaires robustes similaires contre le SARS-CoV-2 dans toutes les tranches d'âge adultes. Dans le groupe AZD1222 ces réactions sont comparables aux données provisoires précédemment rapportées avec le vaccin de l'essai de phase I/II et d'autres vaccins à vecteur adénoviral (Folegati et al. Lancet 2020 ; Tapia et al. Lancet Infect Dis 2020; Coughlan et al. EBioMedicine 2018; Wilkie et al. Vaccine, 2020). Les réactions ont été moins nombreuses après une deuxième dose d'AZD1222 et avec la dose inférieure. La fréquence des réactions diminuait également avec l'âge.

Les réponses des anticorps à la protéine de pointe du virus du SRAS-CoV-2 ont été détectées au 28e jour chez 100 % des participants, indépendamment de l'âge ou de la dose de vaccin, et ont continué à augmenter après une deuxième dose d'AZD1222. Une activité neutralisante a été observée chez 100 % des participants au 14e jour après avoir reçu une deuxième dose standard, quel que soit leur âge. Des réponses des cellules T cytotoxiques ont été induites, atteignant un pic au 14e jour après la première dose et se maintenant deux mois après l'injection, quels que soient l'âge (notamment chez les sujets âgés, > 70 ans) et le dosage.

Des essais cliniques de phase 3 de l'AZD1222 sont en cours dans le monde entier au Royaume-Uni, aux États-Unis, au Brésil, en Afrique du Sud, au Japon, en Russie et au Kenya, avec jusqu'à 60 000 participants dans une large tranche d'âge et dans divers groupes raciaux, ethniques et géographiques. Les premiers résultats des essais en phase finale sont attendus avant la fin de l'année, en fonction du taux d'infection par le SARS-CoV-2 au sein des communautés participant aux essais.

AstraZeneca s’est engagé à respecter son engagement à soutenir un accès large et équitable au vaccin, sans profit, pendant la pandémie, si les essais cliniques s'avèrent fructueux et sont approuvés par les autorités de réglementation. La capacité d'approvisionnement mondiale a été assurée pour trois milliards de doses, produites sur douze chaînes d'approvisionnement régionales et impliquant plus de vingt organisations de fabrication sous contrat, y compris les sites de fabrication d'AstraZeneca. Des progrès rapides sont réalisés dans tous les aspects de la fabrication du vaccin, de la substance médicamenteuse au conditionnement en passant par la formulation et le remplissage. Il est important d'aligner la livraison du produit pharmaceutique final sur l'approbation réglementaire pour garantir une durée de conservation restante maximale.

 




Vaccin Pfizer-BioNtech : communiqué de presse du 18/11/2020 (sur Businesswire)

L'essai de Pfizer et BioNTech qui a inclus près de 44 000 volontaires se poursuit. Dans cet essai, la moitié a reçu le vaccin et l'autre moitié a reçu une injection placebo d'eau salée. Les chercheurs attendent de voir combien de personnes de chaque groupe va développer la COVID-19.

Pfizer et BioNTech ont déclaré que sur 170 cas de Covid-19 qui sont apparus depuis le début de l’essai, 162 faisaient partie du groupe placebo et 8 du groupe vaccinLe taux d'efficacité passe à 95%. Sur dix cas de Covid-19 grave, neuf avaient reçu un placebo. Dans le premier communiqué (9/11/2020) les chiffres étaient de 94 avec 5 cas de COVID dans le groupe vaccin.

Pfizer et BioNTech ont déclaré que l'efficacité du vaccin était constante quel que soit l'âge, la race et l'origine ethnique. L'effet indésirable grave le plus fréquent était la fatigue, 3,7 % des volontaires ayant déclaré être fatigués après avoir pris la deuxième dose. Deux pour cent des volontaires ont déclaré avoir eu mal à la tête après la deuxième dose. Les adultes plus âgés ont signalé des effets secondaires moins nombreux et plus légers.

En plus des résultats de son essai clinique, Pfizer a déclaré qu'elle était prête à soumettre à la FDA deux mois de données de sécurité que l'agence avait recommandées, ainsi que des dossiers de fabrication détaillés montrant que l'entreprise peut produire de façon constante des lots de haute qualité de son produit. La FDA examinera les données et demandera à un groupe externe d'experts en vaccins de se prononcer sur la demande, un processus qui pourrait prendre des semaines.

Si le vaccin est autorisé, l'attention se portera immédiatement sur la manière dont il sera distribué. Le vaccin doit être stocké à -80°C, c'est-à-dire plus froid que tout autre vaccin en cours de développement. Pfizer expédiera le vaccin dans des boîtes spéciales de 1 000 à 5 000 doses qui seront remplies de glace carbonique et équipées de capteurs GPS. Le vaccin de Pfizer peut être stocké dans des congélateurs classiques pendant cinq jours au maximum, ou dans les glacières spéciales pendant 15 jours au maximum, à condition que la glace sèche soit renouvelée et que les boîtes ne soient pas ouvertes plus de deux fois par jour.

Le vaccin de Moderna doit également être stocké dans un congélateur à long terme, mais à moins 4 degrés Fahrenheit. La société a déclaré lundi que son vaccin pouvait être stocké à des températures standard de 36 à 46 degrés Fahrenheit au réfrigérateur pendant 30 jours, et non sept comme on le pensait auparavant, ce qui pourrait le rendre plus facile à stocker que le vaccin Pfizer.

Pourquoi ces basses températures ?

Les vaccins Moderna et Pfizer-BioNTech fournissent aux cellules de l'organisme un ARNm qui code pour la fabrication de la protéine de pointe (Spike) du SARS-CoV-2, le virus qui provoque la COVID-19 (Voir ici sur ce site). La protéine migre ensuite à la surface de la cellule et déclenche une réponse immunitaire. L'ARNm est relativement fragile par rapport aux protéines ou aux fragments de protéines qui composent souvent les vaccins classiques, et il se dégrade facilement à température ambiante. De plus, les enzymes appelées ribonucléases qui dégradent les ARNm "sont présentes partout, même dans l'environnement contrôlé d'un laboratoire". Les chercheurs en laboratoire et les entreprises protègent l'ARNm pendant la production et le stockage en l'insérant dans un support, une sorte de sac, substance semblable à du gras appelée nanoparticule lipidique (également appelés liposomes). Ces particules lipidiques protègent l'ARNm des enzymes présentes dans le sang une fois qu'il a été injecté. Mais la nanoparticule est délibérément conçue pour se dégrader lentement, afin qu'elle ne s'accumule pas dans le foie et ne cause pas de dommages.

 




mRNA1273. 16 Novembre 2020.

Vaccin à ARN déjà présenté sur ce site (voir ci-dessous) le 14 Juillet 2020

mRNA1273 est un vaccin à ARN développé par Moderna, une compagnie américaine basée à Cambridge MA, USA, en collaboration avec l'Institut National des Allergies et des Maladies Infectieuses (NIAID). Ce candidat vaccin a déjà été présenté sur ce site (voir ci-dessous) le 14 Juillet 2020. Moderna a été l'un des premiers développeurs de vaccin à ARN et à annoncer qu'il travaillait sur un vaccin COVID-19 et à passer aux essais cliniques chez l'homme. Son vaccin est constitué d'un ARN codant pour une forme modifiée de la protéine S (Spike) du SARS-CoV-2, la principale cible du système immunitaire contre ce coronavirus, encapsulé dans des nanoparticules lipidiques qui en assurent la stabilité et la délivrance dans l'organisme. Un essai de phase 3 a débuté le 27 juillet et a recruté environ 30 000 personnes. Cet essai se poursuit. Mais une analyse menée le 15 novembre par un Comité Indépendant de Sécurité des Données a révélé que 95 participants à l'essai avaient développé la COVID-19. Parmi eux, 90 faisaient partie du groupe ayant reçu une injection de placebo et 5 avaient reçu le vaccin, ce qui équivaut à une efficacité de 94,5%.

Une fois l'essai Moderna terminé, le calcul final de l'efficacité du vaccin pourrait être inférieur, en raison de l'incertitude statistique.

Moderna a également présenté des preuves que son vaccin protège contre les cas graves de la COVID-19. L'analyse intermédiaire a révélé un total de 11 cas graves dans le groupe placebo de l'essai, et aucun dans le groupe vaccin.

Dans ses directives pour l'approbation d'urgence des vaccins anti-COVID, la FDA (Food and Drug Administration) américaine a déclaré que les essais d'efficacité devraient inclure au moins cinq cas graves dans le groupe placebo si un vaccin doit obtenir le feu vert. Pour plus d'information sur cet essai, voir ici.

Pour le moment on ne sait pas exactement combien de temps durent les effets protecteurs du vaccin, s'il peut empêcher les personnes contaminées de transmettre le virus ou s'il fonctionne aussi bien dans les groupes à haut risque comme les personnes âgées. La société a indiqué que, sur les 95 cas, 15 concernaient des personnes de plus de 65 ans, mais elle n'a pas précisé dans quelle branche de l'essai se trouvaient ces participants. Une question clé sera de savoir combien des 5 infections parmi les personnes vaccinées se sont produites chez des personnes de plus de 65 ans. Les chercheurs ont également été encouragés par le fait que ce vaccin reste stable dans les réfrigérateurs classiques pendant un mois et dans les congélateurs ordinaires pendant six mois, contrairement au vaccin de BioNtech-Pfizer qui doit être stocké à -70 °C avant d'être livré. 

A suivre...




BNT162b1. 9 Novembre 2020.

Vaccin à ARN déjà présenté sur ce site (voir ci-dessous) les 1er et 21 Juillet 2020

BNT162b1 est un candidat vaccin à ARN (voir sur ce site : La course aux vaccins) développé par BioNtech, Mainz Allemagne et Pfizer, USA et Royaume Uni. L’ARN codant pour le domaine de liaison au récepteur de la protéine S (Spike) du SARS-CoV-2 est formulé dans des nanoparticules lipidiques et administré par voie intramusculaire en deux doses de 30 microgramme d'ARN par dose, séparées par 21 jours. Aujourd'hui, aucun vaccin à ARN n'avait encore été autorisé par les agences de régulation sanitaires aux Etats-Unis ou en Europe.

Les premières études de phase 1 et 2 étaient encourageantes (voir les rapports des 1er et 21 juillet ci-dessous), et les résultats de l'étude de phase 3 conduite sur 43 538 participants (aux Etats-Unis, Brésil, Argentine et Afrique du Sud) devraient être publiés courant Novembre 2020. Pour l'heure, 38 955 volontaires ont reçu la deuxième dose du vaccin. Je ne peux ici détailler le protocole de l'étude qui est très volunineux (à télécharger ici: Pfizer c4591001 clinical protocol nov2020Pfizer c4591001 clinical protocol nov2020 (1.31 Mo)), mais il est important de comprendre que parmi les 43 538 volontaires enrolés dans cette phase 3, certains pouvaient être positifs pour le SARS-CoV-2 à l'inclusion. L'efficacité du vaccin est évaluée sur la comparaison entre le nombre de participants infectés par le SARS-CoV-2 dans le bras "vaccin" par rapport au nombre de ceux infectés dans le bras "placebo".

Pour cette étude, Pfizer a fait appel à un groupe indépendant de chercheurs (le Conseil de Sécurité et de Surveillance des Données) pour examiner rapidement les données de l'étude avant son achèvement. Selon le rapport préliminaire émis par cette instance sur cette étude de phase 3, et comme largement commenté dans les médias depuis hier (9/11), les résultats semblent très prometteurs puisqu'ils montrent une efficacité du vaccin de l'ordre de 90%, sept jours après la deuxième dose, sur les patients participants et infectés par le SARS-CoV-2.

Toutefois dans l'état actuel d'avancement de l'étude, le nombre de ces patients infectés est encore faible (94) et les analyses à venir pourraient affecter les résultats. Par ailleurs, on ne sait pas encore si le vaccin prévient les cas qui peuvent entraîner une hospitalisation et un décès. De plus, il n'y a pas non plus d'informations à ce jour sur la question de savoir si le vaccin élimine le virus chez les porteurs asymptomatiques. Une autre question est de savoir quelle sera la durée pendant laquelle le vaccin restera efficace.

A suivre donc... 

 




Virus complet inactivé. 15 Octobre 2020

Xia et al. Safety and immunogenicity of an inactivated SARS-CoV-2 vaccine, BBIBP-CorV: a randomised, double-blind, placebo-controlled, phase 1/2 trial. Lancet 2020.

Il s’agit d'un candidat vaccin (BBIBP-CorV) constitué par un virus SARS-CoV-2 (souche HB02) inactivé par traitement à la b-propriolactone. Ce vaccin a été développé et produit par un consortium chinois composé des institutions suivantes : 1. Beijing Institute of Biological Products Company Limited, Beijing, China. 2. National Institute for Viral Disease Control and Prevention, Chinese Center for Disease Control and Prevention (China CDC), Beijing, China. 3. National Animal Models for Human Diseases Resources Center, Beijing, China. 4. National Institute for Food and Drug Control, Beijing, China. 5. MOE Key Laboratory of Protein Science & Collaborative Innovation Center of Biotherapy, School of Medicine, Tsinghua University, Beijing, China. Ce vaccin a été étudié en préclinique sur divers modèles animaux (souris, cochon d’Inde, lapin, et primates, cynomologus et macaques rhesus). Chez ces espèces il induit des niveaux élevés d’anticorps neutralisants contre le SARS-CoV-2 et protège le macaque rhesus contre un réinfection par voie trachéale sans effet détectable délétère (Wang et al. Cell 2020).

Dans cette étude, les chercheurs ont  évalué la sécurité sanitaire (non-toxicité/tolérance) et l'immunogénicité chez l'homme du BBIBP-CorV dans un essai randomisé, en double aveugle, contrôlé par placebo, de phase 1/2 a été entrepris à Shangqiu City, province du Henan, en Chine.

Dans la phase 1, 192 personnes en bonne santé âgées de 18 à 80 ans, séronégatives pour les anticorps IgM/IgG spécifiques du SRAS-CoV-2 au moment de l’essai ont été réparties au hasard en deux groupes d'âge (18-59 ans et ≥60 ans) pour recevoir le vaccin ou le placebo en deux doses de 2 μg, 4 μg, ou 8 μg aux jours 0 et 28.  

Dans la phase 2, 448 adultes en bonne santé (âgés de 18-59 ans) ont été répartis au hasard par randomisation pour recevoir le vaccin (n=84 dans chaque groupe) ou le placebo (n=112) à une dose unique de 8 μg le jour 0, ou en deux doses de 4 μg les jours 0 et 14, 0 et 21, ou 0 et 28.

Les résultats principaux étaient la sécurité et la tolérance. Le résultat secondaire était l'immunogénicité, évaluée comme la neutraliser les réponses des anticorps contre le CoV-2 du SRAS infectieux. Cette étude est enregistrée auprès de www.chictr.org.cn, ChiCTR2000032459.

Résultats . Au moins un effet indésirable a été signalé dans les 7 premiers jours suivant l'inoculation du vaccin. L'effet indésirable systématique le plus fréquent était la fièvre. Tous les effets indésirables étaient de gravité légère ou modérée. Aucun effet indésirable grave n'a été signalé dans les 28 jours suivant la vaccination. Les titres moyens géométriques des anticorps neutralisants étaient plus élevés au jour 42 dans le groupe des 18-59 ans avec des valeurs de 87, 211 et 228 pour les doses 2, 4 et 8 μg, respectivement. Dans le groupe des 60 ans et plus ces valeurs étaient de 80, 131, et 170 pour les doses 2, 4 et 8 μg, respectivement.

Conclusion. Le vaccin BBIBP-CorV est sûr et bien toléré à toutes les doses testées dans les deux groupes d’âge des bénéficiaires. Au jour 42 après vaccination, les réponses humorales contre le SARS-CoV-2 ont été induites chez toutes les personnes vaccinées. Les titres des anticorps neutralisants les plus élevés ont été obtenus après vaccination en double dose aux jours 0 et 21 ou 28.

 




Adénovirus 26 et 5 recombinants. 4 Septembre 2020

Logunov et al. Safety and immunogenicity of an rAd26 and rAd5 vector-based heterologous prime-boost COVID-19 vaccine in two formulations: two open, non-randomised phase ½ studies from Russia Lancet 2020.

Cette étude concerne le vaccin russe appelé Sputnik, dont j’ai déjà parlé dans cette page « News sur les vaccins » (voir plus bas).

Les auteurs ont développé un vaccin anti-COVID-19 composé de deux éléments, un adénovirus recombinant de type 26 (rAd26) et un adénovirus recombinant de type 5 (rAd5), tous deux porteurs du gène de la protéine Skype (S) du SARS-CoV-2 (hCoV-19/Wuhan/Hu-1/2019), le virus responsable de la COVID-19 (rAd26-S et rAd5-S). Voir la page « La course aux vaccins » sur ce site.

Le but de l’étude était d’évaluer la sécurité sanitaire (non-toxicité/tolérance) et l'immunogénicité de deux formulations (congelée ou lyophilisée) de ce vaccin. Dans ce but, les chercheurs ont réalisé deux études ouvertes, non randomisées, de phase 1/2 dans deux hôpitaux : Burdenko Hospital and Sechenov University, Moscow, Russia. Des adultes volontaires en bonne santé (hommes et femmes) âgés de 18 à 60 ans ont été recrutés pour ces deux études. Dans la phase 1 de chaque étude, une dose de rAd26-S ou une dose de rAd5-S a été administrée par voie intramusculaire le jour 0, et la non-toxicité des deux éléments a été évaluée pendant 28 jours. Dans la phase 2 de l’étude, qui a commencé au plus tôt 5 jours après la phase 1 de la vaccination, le rAd26-S et le rAd5-S ont été administrés, respectivement le jour 0 et le jour 21, par voie intramusculaire selon une stratégie de vaccination en plusieurs étapes, qui permet de présenter un même antigène (la protéine S) à l'aide de différents vecteurs.

Les résultats principaux concernaient l'immunité humorale spécifique à l'antigène (anticorps spécifiques du SARS-CoV-2 mesurés par ELISA les jours 0, 14, 21, 28 et 42) et la non-toxicité (nombre de participants ayant subi des effets indésirables surveillés tout au long de l’étude). Les résultats secondaires concernaient l'immunité cellulaire spécifique à l'antigène (réponses des cellules T et interféron-γ) et les anticorps neutralisants (détectés par un test de neutralisation du SARS-CoV-2). Ces essais sont enregistrés auprès de ClinicalTrials.gov, NCT04436471 et NCT04437875.

Entre le 18 juin et le 3 août 2020, 76 participants ont été recrutés pour les deux études (38 dans chaque étude) : neuf volontaires ont reçu le rAd26-S lors de la phase 1, neuf ont reçu le rAd5-S lors de la phase 1, et 20 ont reçu le rAd26-S et le rAd5-S en phase 2. Les deux formulations du vaccin étaient sûres et bien tolérées. Les événements indésirables les plus fréquents étaient une douleur au point d'injection (44 [58%]), une hyperthermie (38 [50%]), des céphalées (32 [42%]), une asthénie (21 [28%]), et des douleurs musculaires et articulaires (18 [24%]). La plupart de ces effets indésirables étaient légers et aucun effet grave n'a été détecté. Tous les participants a produit des anticorps contre la glycoprotéine du SRAS-CoV-2. Au jour 42, les titres d'IgG spécifiques au domaine de liaison au récepteur étaient de 14 703 unités avec la formulation congelée et 11 143 unités avec la formulation lyophilisée, et les anticorps neutralisants étaient de 49,25 avec la formulation congelée et 45,95 avec la formulation lyophilisée, avec un taux de séroconversion de 100 %. Les réponses à médiation cellulaire ont été détectées chez tous les participants au 28e jour, avec une prolifération cellulaire médiane de 2 à 5 % de CD4+ et de 1 à 3 % de CD8+ avec la formulation congelée, et une prolifération cellulaire médiane de 1 à 3 % de CD4+ et de 1 à 1 % de CD8+ avec la formulation lyophilisée.

Le vaccin COVID-19 hétérologue à base de vecteurs rAd26 et rAd5 présente un bon profil de sécurité et induit de fortes réponses immunitaires humorales et cellulaires chez les participants. Il convient d'étudier plus avant l'efficacité de ce vaccin pour la prévention de la COVID-19 dans le cadre d’une phase 3 en cours (40 000 participants).

 




Virus complet inactivé. 13 Août 2020

Xia et al. Effect of an Inactivated Vaccine Against SARS-CoV-2 on Safety and Immunogenicity Outcomes. Interim Analysis of 2 Randomized Clinical Trials. JAMA2020

L’objectif de cette étude était d’évaluer la sécurité et l'immunogénicité d'un vaccin expérimental à virus entier (SARS-CoV-2 WIV04, inactivé par traitement à la beta-propionolactone) prélevé sur un malade à Wuhan (vaccin développé par Sinopharm et diverses universités chinoises). L'inactivation par la b-propionolactone est une technique déjà utilisée pour divers virus enveloppés dont le H3N2, produisant un virus incapable de pénétrer les cellules. Deux essais cliniques de phase 1 et 2 ont été randomisés en double aveugle et contrôlés par placebo, et conduits dans la province du Henan Chine, sur des adultes en bonne santé âgés de 18 à 59 ans, à partir du 12 avril 2020. L'analyse intermédiaire a été réalisée le 16 juin 2020 et mise à jour le 27 juillet 2020.

Dans l'essai de phase 1, 96 participants ont été répartis en 3 groupes de doses (2,5, 5 et 10 μg/dose) et un groupe d'adjuvants à base d'hydroxyde d'aluminium (alun) (n = 24 dans chaque groupe). Chaque participant a reçu 3 injections intramusculaires aux jours 0, 28 et 56.

Dans l’essai de phase 2, 224 adultes ont été répartis dans 2 groupes, chaque participant recevant une injection de 5 μg, les jours 0 et 14 pour le groupe 1 (n = 84) contre alun seulement (n = 28), et les jours 0 et 21 (n = 84) contre alun seulement (n = 28) pour le groupe 2.

Les 320 participants (âge moyen, 42,8 ans ; 200 femmes), ont tous terminé l'étude jusqu'à 28 jours après la vaccination complète. Le critère principal d’évaluation en matière de sécurité (phase 1) était l’observation des effets indésirables 7 jours après chaque injection, et le critère principal d’évaluation en matière d’immunogénicité (phase 2) était la production d’anticorps neutralisant 14 jours après la vaccination complète.

Dans l’essai de phase 1, des effets indésirables (douleur au point d’injection, fièvre légère, mais aucun effet sévère) sont survenus chez 3/24 participants du groupe placebo, 5/24 participants du groupe 2,5 μg/dose, 4/24 participants du groupe 5 μg/dose, et 6 :24 participants du groupe 10 μg/dose.

La moyenne géométrique des titres d'anticorps neutralisants dans les groupes 2,5, 5 et 10 μg/dose était de 316, 206 et 297, respectivement, chez les participants de l’essai de phase 1, et de 121 et 247 au 14e jour après la deuxième injection chez les participants de l’essai de phase 2 recevant le vaccin aux jours 0 et 14 et aux jours 0 et 21, respectivement. Aucune réponse anticorps n'a été détectée dans tous les groupes placebo.

En conclusion de cette étude intermédiaire pratiquée sur un vaccin à base de SARS-CoV-2 complet inactivé, les participants ont présenté un faible taux de réactions indésirables et les résultats ont montré une immunogénicité significative. Une confirmation finale de l’efficacité du vaccin et de ses effets indésirables à long terme nécessitera des essais de phase 3 (Identificateur du registre chinois des essais cliniques : ChiCTR2000031809).

 




SPOUTNIK-V. 10 Août 2020

C’est une annonce qui frappe le monde et qui rappelle les premières heures de la conquête spatiale. Le 10 Août 2020, le président Vladimir Poutine annonçait triomphalement que la Russie était parvenue à développer le premier vaccin efficace contre le Sars-Cov-2. « Ce matin, pour la première fois au monde, un vaccin contre le nouveau coronavirus a été enregistré (…) je sais qu'il est assez efficace, qu'il donne une immunité durable ». Pour témoigner de son efficacité, le président russe a ajouté que le vaccin avait passé avec succès l'intégralité des tests nécessaires, et qu'une de ses deux filles avait déjà été vaccinée. Une nouvelle qui soulèvera à coup sûr beaucoup d’interrogations dans les jours à venir. (CH, JIM).

Ce vaccin, vectorisé par adénovirus humain (Ad5) recombinant exprimant la protéine virale S, est similaire à celui développé par la compagnie chinoise CansinoBiologics (voir ci-dessous),  Aucun résultat sur ce vaccin n'a encore été publié.

 




BNT162b1. 20 Juillet 2020

Sahin et al. Concurrent human antibody and TH1 type T-cell responses elicited by a COVID-19 RNA vaccine. MedRxiv 2020

Récemment, des données préliminaires sur le candidat vaccin BNT162b1, un ARN messager modifié codant pour le domaine de liaison au récepteur de la protéine S du SARS-CoV-2 formulé dans des nanoparticules lipidiques (voir sur ce site ICI)  et développé par BioNtech, Mainz Allemagne et Pfizer, Hurley, Royaume Uni., ont été présentées sur cette page le 1er Juillet 2020 (voir plus bas sur cette page, Mulligan et al. MedRxiv 2020). La réponse immunitaire (anticorps et lymphocytes T cytotoxiques) après vaccination avec le BNT162b1 dans un deuxième essai ouvert non randomisé de phase 1/2 chez des adultes en bonne santé, âgés de 18 à 55 ans est présentée ici. Deux doses (1 et 50 μg) de BNT162b1 ont provoqué de fortes productions de cellules T cytotoxiques CD4+ et CD8+, et d’anticorps anti-protéine S avec des concentrations d'IgG nettement supérieures à celles présentes dans un panel de sérums humains de convalescence. La plupart des participants présentait des réponses immunitaires cellulaires (lymphocytes T cytotoxiques CD8+ et CD4+ spécifiques) de type TH1, avec production d’interféron γ dans une proportion élevée de ces cellules. Le vaccin BNT162b1 induit de multiples mécanismes bénéfiques susceptibles de protéger contre la COVID-19.

 




ChAdOx1 nCoV-19 ou AZD1222. 20 Juillet 2020

Folegatti et al. Safety and immunogenicity of the ChAdOx1 nCoV-19 vaccine against SARS-CoV-2: a preliminary report of a phase 1/2, single-blind, randomised controlled trial. Lancet 2020

Ces auteurs ont réalisé un essai contrôlé randomisé en simple aveugle de phase 1/2 sur cinq sites d'essai au Royaume-Uni avec le candidat vaccin ChAdOx1 nCoV-19 ou également connu sous la dénomination  AZD1222 (voir sur ce site ICI). Il s'agit d'un adénovirus de Chimpanzé recombinant exprimant la protéine S du SARS-CoV-2, développé dans le cadre d’un consortium comprenant, l’Institut Jenner d’Oxford, l’Université d’Oxford, le BARDA (Biomedical Advanced Research and Development Authority), et AstraZeneca. Dans le groupe contrôle les personnes recevaient un vaccin anti-méningococcique conjugué (MenACWY). Des adultes en bonne santé, âgés de 18 à 55 ans ont été assignés au hasard (1:1) dans les groupes recevant le vaccin à une dose de 5 × 10¹⁰ particules virales ou le MenACWY en une seule injection intramusculaire. Un amendement au protocole dans deux des cinq sites a permis l'administration de paracétamol prophylactique avant la vaccination.

Entre le 23 avril et le 21 mai 2020, 1077 participants ont été inscrits et assignés à recevoir soit le ChAdOx1 nCoV-19 (n=543), soit le MenACWY (n=534). Les réactions locales et systémiques étaient plus fréquentes dans le groupe ChAdOx1 nCoV-19 et beaucoup ont été réduites par l'utilisation de paracétamol prophylactique, notamment les douleurs, sensations de fièvre, frissons, maux de tête, et malaise. Aucun événement indésirable grave lié au ChAdOx1 nCoV-19 n'a été constaté.

Le niveau des lymphocytes T cytotoxiques spécifiques de la protéine S du SARS-CoV-2 a atteint un maximum au 14e jour après vaccination. Le niveau des IgG anti-protéine S a augmenté au 28e jour et a été renforcés après une deuxième dose de vaccin. Les anticorps neutralisants contre le SARS-CoV-2 ont été détectés chez 91 à 100% des personnes vaccinées. Après une dose de rappel, tous les participants présentaient des anticorps neutralisants.

Ces résultats montrent que le ChAdOx1 nCoV-19 présente un profil de sécurité acceptable et permet l'induction de réponses immunitaires humorales (IgG) et cellulaires (lymphocytes T) satisfaisantes. Un programme de phase 3 est en cours (ClinicalTrials.gov, NCT04324606).

 





Ad5-nCoV. 20 Juillet 2020

Zhu et al. Safety, tolerability, and immunogenicity of a recombinant adenovirus type-5 vectored COVID-19 vaccine: a dose-escalation, open-label, non-randomised, first-in-human trial. Lancet 2020

Cette étude fait suite à celle publiée sur cette page le 22 Mai 2020.

Cet essai de phase 2 randomisé en double aveugle et contrôlé par placebo du vaccin anti-COVID-19, Ad5-nCoV un adénovirus 5 humain recombinant exprimant la protéine S du SARS-CoV-2, développé par l'Institut de Biotechnologie de Pékin et CanSino Biologics Inc. (voir sur ce site ICI) a été réalisé dans un seul centre à Wuhan Chine, afin de déterminer son efficacité en dose unique.  Des adultes en bonne santé, âgés de 18 ans ou plus, séronégatifs pour le SARS-CoV-2, ont été sélectionnés pour cet essai et ont été répartis au hasard pour recevoir une seule injection du vaccin en intramusculaire dans le bras, à une dose de 10¹¹ particules virales par ml, ou 5 × 10¹⁰ particules virales par ml, ou le placebo.

Entre le 11 et le 16 avril 2020, 508 volontaires éligibles ont été recrutés (50% d'hommes ; âge moyen 39,7 ans) et ont accepté de participer à l'essai : 253 recevant le vaccin à la dose de 10¹¹ particules virales, 129 recevant le vaccin à la dose de 5 × 10¹⁰ particules virales, et 126 recevant le placebo.

Dans les deux groupes recevant le vaccin, le niveau des anticorps spécifiques à la protéine S (son domaine de liaison au récepteur) a atteint un pic au 28eme jour avec un taux de séroconversion de 96 % à 97 %. Les deux doses du vaccin ont induit des réponses significatives d'anticorps neutralisants et la production d’interféron γ chez 90 % (dose 10¹¹) et 88% (dose 5 × 10¹⁰) des personnes vaccinées.

Des effets indésirables ont été signalés chez 72 à 74 % des personnes vaccinées, mais aucune réaction indésirable grave n'a été documentée.

Ce vaccin est sûr et induit des réponses immunitaires importantes dans la majorité des cas après une seule immunisation (ClinicalTrials.gov, NCT04341389).

 




ARNm-1273. 14 Juillet 2020

Jackson et al. An mRNA Vaccine against SARS-CoV-2 - Preliminary Report. New England J Med 2020

ARNm-1273 est un ARN messager modifié, encapsulé dans des nanoparticules lipidiques exprimant la protéine S du SARS-CoV-2 développé par le National Institut des allergies et des maladies infectieuses (NIAID) en collaboration avec la firme américaine Moderna (voir sur ce site ICI).

Dans un essai ouvert de phase 1 à doses croissantes, 45 adultes en bonne santé de 18 à 55 ans ont reçu deux administrations à 28 jours d'intervalle, avec l'ARNm-1273 à la dose de 25 μg, 100 μg, ou 250 μg. Chaque groupe de doses comptait 15 participants.

Après la première vaccination, le taux des anticorps  anti-protéine S augmentait avec la dose de vaccin administrée, et après la deuxième vaccination, les taux avaient encore augmenté de même que la présence d'anticorps neutralisants atteignant des niveaux similaires à ceux obtenues avec un panel d'échantillons de sérums de convalescence.

Les événements indésirables qui se sont produits chez plus de la moitié des participants, étaient : fatigue, frissons, maux de tête, myalgie, et douleur au point d'injection. Ces effets indésirables étaient plus fréquents après la deuxième vaccination, en particulier avec la dose la plus élevée, et trois participants (21 %) dans le groupe de dose 250 μg ont signalé un ou plusieurs événements indésirables graves.

Le vaccin ARNm-1273 induit des réponses immunitaires anti-SARS-CoV-2 chez tous les participants, et aucun problème de sécurité limitant les essais n'a été identifié. Ces conclusions encouragent à la poursuite du développement de ce vaccin (ClinicalTrials.gov, NCT04283461).

 




BNT162b1. 1 Juillet 2020

Mulligan et al. Phase 1/2 Study to Describe the Safety and Immunogenicity of a COVID-19 RNA Vaccine Candidate (BNT162b1) in Adults 18 to 55 Years of Age: Interim Report. MedRxiv 2020

BNT162b1 est un candidat vaccin à ARN (voir sur ce site : La course aux vaccins) développé par BioNtech, Mainz Allemagne et Pfizer, Hurley, Royaume Uni. L’ARN codant pour le domaine de liaison au récepteur de la protéine S (Skype) du SARS-CoV-2 est formulé dans des nanoparticules lipidiques et administré par voie intramusculaire.

Dans un article posté sur la plateforme MedRxiv le 1er Juillet dernier, les auteurs présentent une étude de phase 1/2, randomisée, contrôlée par placebo, en double aveugle sur la tolérance et l’immunogénicité du BNT162b1 chez 45 adultes volontaires (hommes et femmes) en bonne santé, âgés de 18 à 55 ans. Quatre groupes de volontaires ont été étudiés : 12 traités aux jours 1 et 21 par BNT162b1 à la dose de 10 μg, 12 traités aux jours 1 et 21 à la dose de 30 μg, 12 traités au jour 1 uniquement à la dose de 100 μg et 9 recevant le placebo. Les résultats ont été comparés à ceux obtenus sur un panel de sérums humains de convalescence (issus de patients du COVID-19 ayant survécu à l’infection).

 

Resultats bnt162b1

Niveau des IgG (anticorps) dirigés contre le domaine de liaison de la protéine S du SARS-CoV-2 au récepteur en fonction du temps du jour 1 (début du traitement) aux jours 7, 21, 28 et 35 après début du traitement (échelle logarithmique).

P : niveau des anticorps chez les volontaires traités par le placebo. HCS : niveau des anticorps dans le panel des sérums de convalescents. Les nombres figurant au-dessus des différentes barres du diagramme indiquent le niveau moyen des IgG chez les volontaires traités par le vaccin, par le placebo (P) ou dans lérum de convascents (HCS). Les flèches noires indiquent les jours où le vaccin a été administré. On peut voir le niveau élevé des IgG, notamment chez les personnes traitées avec la dose de 30 μg au jour 28 (27872 contre 602 chez les convalescents). 

Mulligan et al. MedRxiv 2020.

 

Les réactions locales et les événements systémiques, généralement légers à modérés, et transitoires, ont été proportionnels à la dose de vaccin administrée. Une et deux semaines après la deuxième administration du vaccin (J28 et J35 ; doses 10 et 30 μg) ou après l’administration de la dose unique de 100 μg, le niveau des anticorps neutralisants était supérieur de 1,8 à 2,8 fois à celui observé dans un panel de sérums humains convalescents du COVID-19, tandis que le niveau des IgG (anticorps) était de 8 à 50 fois supérieur à celui observé dans ce même panel de sérums humains convalescents. Ces résultats très encourageants conduisent à poursuivre l’évaluation de ce candidat vaccin à ARNm à une plus large population.

 




Ad5-nCoV. 22 Mai 2020

Zhu et al. Safety, tolerability, and immunogenicity of a recombinant adenovirus type-5 vectored COVID-19 vaccine: a dose-escalation, open-label, non-randomised, first-in-human trial. The Lancet 2020.

Un vaccin à adénovirus a été développé dans le cadre du programme national de R&D de la Chine, du grand projet national de science et de technologie par CanSino Biologics. Il s’agit d’un adénovirus recombinant humain de type 5 (Ad5) exprimant la protéine S (Spyke) d'une souche de SARS-CoV-2 (voir sur ce site : La course aux vaccins).

Les auteurs publient un essai de phase 1 à doses croissantes, monocentrique, ouvert, non randomisé, sur 108 adultes de 18 à 60 ans en bonne santé, réalisé à Wuhan, Chine. Les volontaires (51% d’hommes) ont été répartis en 3 groupes de 36 recevant chacun une dose de vaccin (5 × 10¹⁰, 1 × 10¹¹ ou 1,5 × 10¹¹ particules virales) par voie intramusculaire. Le critère principal d’évaluation était l’observation des effets indésirables évalués entre 7 et 28 jours après vaccination. Les anticorps spécifiques ont été mesurés par ELISA, et les réponses des anticorps neutralisants induits par la vaccination ont été détectés à l'aide de tests de neutralisation du virus. Les réponses des lymphocytes T cytotoxiques ont été évaluées par des tests immuno-enzymatiques et par cytométrie de flux. Cette étude a été enregistrée sur le ClinicalTrials.gov, code NCT04313127.

La plupart des effets indésirables signalés (douleur, fièvre, fatigue, maux de tête) dans les différents groupes (entre 75 et 83%) étaient légers ou de gravité modérée. Aucun événement indésirable grave n'a été constaté dans les 28 jours suivant la vaccination. Les anticorps contre la protéine virale S (domaine de liaison au récepteur) et les anticorps neutralisants ont augmenté de manière significative au 14e jour, et ont atteint un pic 28 jours après vaccination. Le niveau des lymphocytes T cytotoxiques spécifiques CD4+ et CD8+ a atteint son point culminant au 14e jour après vaccination.

En conclusion, ce vaccin anti-COVID-19 vectorisé par l'Ad5 est tolérable et immunogène 28 jours après vaccination et les résultats justifient une étude plus approfondie.

 

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Commentaires (2)

corinne TOMAS
  • 1. corinne TOMAS | 21/11/2020
trés bien expliqué. Mais j'ai un peu de mal à savoir pour lequel je pencherai...pour toi, ils se valent tous?
merci pour ces infos
Hervé
  • 2. Hervé | 16/08/2020
Excellent résumé, et merci pour ces informations qui restent hors de notre portée. Il semble donc que doucement des solutions
se dessinent.

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Date de dernière mise à jour : 21/01/2021