Syndrome Post-COVID-19

Le syndrome Post-COVID-19 et "malades au long cours" (Long Haulers) 

 

  • Conséquences cliniques à long-terme chez des malades "guéris" de la COVID-19

  • Ce syndrome toucherait environ 10% des personnes infectées par le SARS-CoV-2

  • Symptômes persistants les plus fréquents : essoufflement continuel, extrême fatigue, troubles pulmonaires et cardiaques, troubles de la mémoire et de la concentration (brouillard cérébral), douleurs musculaires, tachycardie…

  • Souvent chez des malades d’âge compris entre 18 et 40 ans, n’ayant pas été hospitalisés

  • Souvent chez des personnes qui s’avèrent négatives au SARS-CoV-2 par test RT-PCR

  • "Ces troubles mystérieux sont réels, et ils ne sont pas seulement dans la tête des patients"

  • Alors que leur nombre augmente, les malades de la COVID-19 “au long cours” laissent les experts perplexes…

 

Avec 57 millions d'infections confirmées et plus de 1 million 360 000 morts dans le monde (au 20 Novembre 2020, selon le Center for Systems Science and Engineering, Johns Hopkins University), la maladie de COVID-19 due au coronavirus SARS-CoV-2, se poursuit sans relâche. Le spectre clinique de cette pandémie est très large et va d'une infection asymptomatique chez certaines personnes à une maladie mortelle chez d’autres (Garcia. Immune Response, Inflammation, and the Clinical Spectrum of COVID-19. Frontiers in Immunology 2020). Actuellement on estime qu'environ 37 millions de personnes ont globalement "guéri" de la maladie.

 

Cependant, les cliniciens observent de façon inquiétante de plus en plus de patients souffrant de symptômes graves et même de dysfonctionnements importants au niveau de divers organes après "guérison" de l'infection (sur la base de tests RT-PCR négatifs), et souvent pendant plusieurs mois.

 

Le terme de "malades au long cours" ("long-hauler" en anglais) a été suggéré pour désigner ces patients (Callard & Perego. How and why patients made Long Covid. Social Science and Medicine 2020; Del Rio et al. Long-term Health Consequences of COVID-19. Journal of the American Medical Association 2020). Voir également : What Does COVID-19 Recovery Actually Look Like? An Analysis of the Prolonged COVID-19 Symptoms Survey by Patient-Led Research Team. Report Released: May 11th, 2020 (https://patientresearchcovid19.com).

 

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Epidémiologie

Actuellement, il n'existe pas de définition consensuelle du terme "Syndrome post-COVID-19". Sur la base d’études des symptômes de la maladie, réalisées sur plus de 4 millions de personnes ayant apparemment guéri de la maladie aux États-Unis, au Royaume-Uni et en Suède, le Syndrome post-COVID-19 est caractérisé par la présence de symptômes se prolongeant au-delà de 3 semaines à partir de l'apparition des premiers symptômes (Greenhalgh et al. Management of post-acute Covid-19 in primary care. British Medical Journal 2020). Décrit précédemment, ce type de syndrome "post-maladie X" a été observé chez des patients se remettant de maladies graves (cancers, infections, traumatismes, autres) ayant nécessité une hospitalisation et l'admission en unité de soins intensifs.

Dans un étude de 2016 sur des patients qui avaient été libérés après un séjour en unité de soins intensifs (dont 46 % avaient requis une ventilation mécanique), 84% ont souffert de déficiences en termes de cognition et de santé mentale ou de fonction physique qui ont persisté pendant 6 à 12 mois au-delà de la sortie de l'hôpital. Ce syndrome est collectivement connu sous le nom de "syndrome post-soins intensifs" (Maley et al. Resilience in survivors of critical illness in the context of the survivors’ experience and recovery. Annals of the American Thoracic Society 2016).

Dans un étude italienne évaluant la persistance des symptômes de la COVID-19 parmi des patients ayant quitté l’hôpital "guéris", seuls 12,6 % étaient totalement exempts de tout symptôme lié à la COVID-19 deux mois après l'apparition des premiers symptômes (Carfì et al. Persistent symptoms in patients after acute  COVID-19. Journal of the American Medical Association 2020).

Cependant, le syndrome post-COVID-19 n'est pas seulement observé chez des patients ayant survécu aux formes les plus graves de la maladie après passage en unité de soins intensifs. Dans une enquête téléphonique réalisée par le CDC (Centers for Disease Control and Prevention) aux Etats Unis sur un échantillon aléatoire d’adultes (18 ans ou plus) ayant été testés positifs par RT-PCR ambulatoire pour le SARS-CoV-2, 35 % des personnes symptomatiques ont déclaré ne pas avoir retrouvé leur état de santé habituel 2 semaines ou plus après le test, dont 26% parmi les 18-34 ans, 32 % parmi les 35-49 ans, et 47% parmi les 50 ans ou plus (Tenforde et al. Symptom duration and risk factors for delayed return to usual health among outpatients with COVID-19 in a multistate health care systems network: United States, March-June 2020. Morbidity Mortality Weekly Report 2020). Un âge de plus de 50 ans et la présence de 3 maladies chroniques (hypertension, diabète, maladies cardiovasculaire, rénale, hépatique, asthme, etc.), sont fréquemment associés au fait de ne pas retrouver sa santé habituelle dans un délai de 14 à 21 jours après avoir reçu un résultat de test positif.

 

Manifestations

Les symptômes les plus fréquemment signalés par les "malades au long cours" après une COVID-19 aiguë ou asymptomatique sont des symptômes de fatigue et de dyspnée (difficulté à respirer), des douleurs articulaires et thoraciques (Rubin. As Their Numbers Grow, COVID-19 “Long Haulers” Stump Experts. Journal of the American Medical Association 2020; Carfì et al. Persistent symptoms in patients after acute  COVID-19. Journal of the American Medical Association 2020), des dysfonctionnements notamment et principalement au niveau du système cardiovasculaire, des poumons et du système nerveux central, bien que d’autres organes comme le système digestif, la peau, les reins, les yeux, la sphère ORL, soient également touchés. On estime que ces complications sont la conséquence de l'invasion directe de ces tissus par le virus du fait de la présence de l’ACE2 (enzyme de conversion de l’angiotensin-2), une protéine qui joue le rôle de récepteur du virus à la surface des cellules qui les composent. Nous savons par ailleurs que l’infection par le SARS-CoV-2 s’accompagne d’une hyper inflammation, d’un orage cytokinique dans les cas extrêmes, avec des dommages connexes au système immunitaire, et à une hyper coagulation dans les micro vaisseaux qui baignent les organes, ces différents facteurs pouvant agir seuls ou en combinaison.

 

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Troubles cardiovasculaires

Des lésions du myocarde, des myocardites (inflammation du myocarde), ainsi que des troubles du rythme ont été décrits chez des patients présentant des symptômes aigus de COVID-19. De même, la thrombose (formation de caillots dans les vaisseaux, obstruant la circulation sanguine) artérielle ou veineuse est une caractéristique marquante de la COVID-19 sévère (Bonow et al. Cardiology and COVID-19. Journal of the American Medical Association 2020).

Dans une étude allemande portant sur des patients qui avaient récemment récupéré de la COVID-19, un examen par IRM réalisé en moyenne 71 jours après le diagnostic montrait une atteinte cardiaque dans 78 % des cas et une inflammation myocardique continue dans 60% des cas (Puntmann et al. Outcomes of cardiovascular magnetic resonance imaging in patients recently recovered from coronavirus disease 2019 (COVID-19). Journal of the American Medical Association Cardiology 2020). Ces troubles n’étaient liés ni à la présence de comorbidités chroniques, ni à la durée et à la gravité de la maladie, ni au temps écoulé depuis le diagnostic.

Dans une autre étude, sur des athlètes de compétitions universitaires ayant reçu un diagnostic positif de COVID-19 par test RT-PCR, aucun n'avait été hospitalisé et la majorité était asymptomatique. Cependant, dans un intervalle de 12 à 53 jours plus tard, 46 % allaient présenter des signes de myocardite ou de lésion myocardique par IRM (Rajpal et al. Cardiovascular magnetic resonance findings in competitive athletes recovering from COVID-19 infection. Journal of the American Medical Association Cardiology 2020). La durabilité et les conséquences de ces résultats d'imagerie ne sont pas encore connus et un suivi plus long est nécessaire. Toutefois, une incidence accrue d'insuffisance cardiaque comme séquelle majeure de la COVID-19 est préoccupante, avec des implications potentielles considérables pour la population de personnes âgées présentant diverses autres causes de morbidité, ainsi que pour des patients plus jeunes, auparavant en bonne santé, y compris des athlètes.

 

Troubles pulmonaires

Dans une étude portant sur des patients atteints de COVID-19, 64 % présentaient des symptômes persistants et 71 % des anomalies compatibles avec un dysfonctionnement pulmonaire tel qu’un épaississement interstitiel et l’installation d’une fibrose, 3 mois après leur sortie de l'hôpital (Zhao et al. Follow-up study of the pulmonary function and related physiological characteristics of COVID-19 survivors three months after recovery. E Clinical Medicine. 2020). Trois mois plus tard 25 % des patients avaient une capacité de diffusion réduite pour le monoxyde de carbone. Dans une autre étude, des troubles de la fonction pulmonaire avec une diminution de la capacité de diffusion du monoxyde de carbone et une diminution de la force des muscules respiratoires étaient observés chez 53% et 49% des patients, respectivement, 30 jours après leur sortie de l'hôpital (Huang et al. Impact of coronavirus disease 2019 on pulmonary function in early convalescence phase. Respiratory Research. 2020). En cas de comorbidité cardiovasculaire préexistante ou consécutive à la maladie  de COVID-19, le déclin persistant de la fonction pulmonaire pourrait avoir des conséquences cardiopulmonaires majeures.

 

Covid long haulers new statesman

Troubles neurologiques

Le SARS-CoV-2 peut pénétrer dans le système nerveux central par voie sanguine ou par invasion directe du nerf olfactif ou d'autres cellules neurales (Josephson. Neurology and COVID-19. Journal of the American Medical Association). À ce jour, les symptômes neurologiques à long terme les plus courants après la COVID-19 sont les maux de tête, les vertiges et les dysfonctionnements chimio sensoriels par exemple, l'anosmie et agueusie. Bien que l'accident vasculaire cérébral soit une conséquence grave mais peu fréquente de la COVID-19 aiguë, l'encéphalite, des crises d'épilepsie, des sautes d'humeur importantes et un "brouillard cérébral" ("brain fog" en anglais) ont été signalées jusqu'à deux ou trois mois après le début de la maladie (Zubair et al. Neuropathogenesis and neurologic manifestations of the coronaviruses in the age of coronavirus disease 2019: a review. Journal of the American Medical Association Neurology 2020). Les pandémies antérieures impliquant des agents pathogènes viraux tels que le SARS-CoV-1, le MERS et le virus de la grippe ont également entraîné des séquelles neuropsychiatriques qui pouvaient durer plusieurs mois chez les patients "guéris", menaçant ainsi leurs santé cognitive, bien-être général et état fonctionnel au quotidien.

 

Santé émotionnelle et bien-être

Outre la persistance des symptômes et séquelles cliniques de la COVID-19 qui peuvent durer longtemps après la guérison, l'ampleur des troubles émotionnels et comportementaux ainsi que l’ampleur de la détresse générale des personnes touchées par la maladie restent encore à appréhender. Le diagnostic de COVID-19 et la nécessité ultérieure et impérieuse de confinement ou de quarantaine sont souvent associés à des sentiments d'isolement et de solitude. La stigmatisation liée à la COVID-19 est également devenue prégnante et peut entraîner un sentiment de désespoir chez certaines personnes (Galea et al. The mental health consequences of COVID-19 and physical distancing: the need for prevention and early intervention. Journal of the American Medical Association Internal Medicine. 2020). La multiplication des observations de malaises et d'épuisement persistants qui s'apparentent souvent au syndrome de fatigue chronique, montre que les patients souffrent de troubles physiques et émotionnels. Dans le contexte psychologique pesant de la pandémie, les personnes se remettant de la COVID-19 peuvent être encore plus exposées à la dépression, à l'anxiété, à l'état de stress post-traumatique, pouvant les conduire à la consommation de substances illicites. Ces effets combinés pourraient entraîner une crise sanitaire mondiale, compte tenu du nombre de cas de COVID-19 dans le monde.

 

Conclusion

Pour l’heure, il n'existe pas de données générales et systématiques sur un nombre important de "malades au long cours" présentant le syndrome post-COVID-19, la pandémie étant encore à ses débuts. Mais il est clair que nombre de ces malades existent et souffrent de séquelles à long-terme, comme mentionné ci-dessus. Des cliniques ambulatoires recevant ce type de patients post-COVID-19 ouvrent dans divers pays et en particulier aux Etats-Unis. Il est impératif de comprendre les conséquences à long-terme de la COVID-19 sur la santé et le bien-être en général. Il est également important de comparer ces troubles à ceux résultants d'autres maladies graves (cancers, infections, traumatismes, autres). Il y va de la santé physique et mentale de millions de personnes qui se remettent difficilement de la COVID-19.

Dans son éditorial du 7 Octobre 2020, l’éditeur de la revue Internationale Nature demandait à ce que les chercheurs et les cliniciens s'entendent :

  • d’une part sur un nom pour ces symptômes persistants ; aujourd’hui les termes les plus utilisés sont le "syndrome post-COVID" ou la "COVID-19 chronique" ; le terme "long COVID" (en anglais) a également été suggéré ;
  • d’autre part sur la définition de la "guérison" de la COVID-19 ; manifestement, elle doit être basée sur des critères qui vont au-delà du simple test RT-PCR négatif pour le SARS-CoV-2 ; les symptômes des personnes doivent être pris en compte, tels que les troubles neurologiques, les dourdeurs thoraciques, l'essoufflement, les douleurs musculaires, la tachycardie et la fatigue.

A suivre…

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Commentaires (1)

corinne TOMAS
  • 1. corinne TOMAS | 21/11/2020
c'est tout à fait vrai: je connait plusieurs personnes qui ont des séquelles persistantes 2 mois après la contamination: perte gout et odorat, céphalées intenses, troubles mnésiques et faiblesse musculaire
pas de traitement efficace pour le moment
merci pour ces infos

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Date de dernière mise à jour : 30/11/2020